L’enseignement supérieur de management devient-il un business ?

Le monde académique était depuis longtemps accoutumé au principe de concurrence. Plus récemment les logiques de marché y sont entrées en force. L’enseignement de management n’est pas le seul champ académique à avoir été envahi par des formes de marchandisation, mais c’est le domaine dans lequel le phénomène y est le plus prégnant.

 

Dès lors, faut-il parler de « business des business schools » ?

 

L’explosion de la demande de formation au management, la place prise par l’entreprise dans nos sociétés, les conditions d’accès au marché de l’emploi pour les jeunes, les modalités de progression des cadres dans leur carrière, la poussée libérale depuis les années 80, la financiarisation de nos économies, l’essor des Brics et leurs besoins immenses de formation en management, etc., sont autant de facteurs qui ont contribué à générer une demande solvable et exigeante à laquelle les établissements ont répondu par une palette d’offres de formation dont les coûts et les prix ont fortement progressé (inflation salariale liée à la course aux rankings, investissement dans des matériaux multimedia pour enseigner à distance, présence internationale…).

 

Dans le même temps, des universités d’entreprise ont vu le jour, des cabinets de conseil ont proposé des MBA ouverts à leurs clients, des entrepreneurs ont créé des écoles privées,… Les écoles et les universités ont répondu à cette concurrence nouvelle en professionnalisant leur approche de leurs marchés, adaptant les contenus dispensés et perdant au passage une large part de la tradition de l’Universitas comme temple du savoir 'désintéressé' et non immédiatement utile, et comme espace de pensée critique protégé par la société.

 

Si les établissements d’enseignement supérieur ne sont pas pour la plupart dans une logique de rentabilité, ils courent tous après des ressources supplémentaires pour asseoir leur réputation et renforcer leur attractivité, que ce soit par la renommée de leur corps professoral, la qualité de leurs programmes, le rayonnement de leur recherche, l’attrait de leur campus, leurs offres numériques, leur réseau de partenaires ou d’implantations à l’international, etc. Autant de postes de coût qui requièrent toujours plus de ressources. Jusqu’où ces logiques iront-elles ?

Le séminaire d’hiver de la SFM du jeudi 5 février 2015 abordera la problématique de l’irruption des logiques de business dans l’enseignement et la recherche en management.

 

Quatre sessions ont permis aux participants d’échanger :

 

- le point de vue de directeurs d’établissement, en particulier sur les « business models »

- les sources de financement : les entreprises, les étudiants, les familles, les banques, les CCI,…

- les conséquences sur les contenus dispensés dans les formations et sur la recherche

- des perspectives et des stratégies pour la suite

 

Le séminaire d’hiver de la SFM a été l’occasion pour les acteurs intéressés par les questions d’enseignement et de recherche en management de venir échanger et réfléchir aussi bien à la place du management dans nos sociétés qu’aux règles du jeu qui conditionnent notre champ académique et ses relations avec l’ensemble des parties prenantes.